9 questions à Marianne Dollo, Art Advisor

J’AI UNE CONVICTION : L’ART DU XXIÈME SERA RÉSOLUMENT FÉMININ.

MArianne Dollo.

Pendant de nombreuses années, Marianne Dollo a été lobbyiste pour des grands groupes français de l’énergie et de l’aéronautique avant de reprendre des études à l’École du Louvre pour se reconvertir en art advisor. En 2018, elle a même fondé sa propre société, Yellow Over Purple Art Advisory. Aujourd’hui, elle fédère autour d’elle un réseau d’artistes, de collectionneurs et de spécialistes de l’art. Le tout, avec toujours beaucoup de passion. De son enfance immergée dans l’art à sa reconversion, elle nous raconte tout. Rencontre.

Femmes d’art. Bonjour Marianne, pour ceux qui ne vous connaissent pas, qui êtes-vous ?

Marianne Dollo. Bonjour ! Je suis Marianne Dollo, art advisor et fondatrice de Yellow Over Purple Art Advisory. Je suis diplômée en droit des affaires et droit de la propriété intellectuelle. J’ai commencé par travailler pendant de nombreuses années en tant que lobbyiste pour le compte de grands groupes français du secteur de l’énergie et de l’aéronautique. En 2015, j’ai repris mes études en Histoire et Expertise de l’art à l’École du Louvre et à la faculté Panthéon-Assas. C’est à cette période que j’ai commencé à conseiller de jeunes collectionneurs en parallèle de mes missions de lobbying à Paris et à Bruxelles, en m’intéressant plus particulièrement aux artistes émergents de la scène contemporaine française. C’est en 2018 que j’ai décidé d’en faire mon nouveau métier. 

Beaucoup d’artistes ont beaucoup de talent, et le rôle de l’art advisor doit être aussi de défricher quelques pépites.

Marianne Dollo.

Femmes d’art. Vous êtes art advisor, en quoi consiste ce métier ?

M.D. Concrètement, j’accompagne des particuliers principalement mais pas exclusivement, dans leurs acquisitions d’oeuvres d’art, dans un dessein de collection. Je suis à l’écoute de leurs goûts et de leurs envies. Leurs motivations sont variées mais on peut les résumer sans trop les caricaturer en disant qu’elles s’articulent autour de 3 grands axes : l’achat passion, l’achat social, et l’achat investissement. Pour les novices, mon travail consiste surtout à les initier, les guider, voire les éduquer. D’autres, plus aguerris, savent exactement ce qu’ils veulent, mais n’ont pas suffisamment de temps à consacrer à la recherche. Dans ce cas, ils me mandatent pour trouver une oeuvre ciblée d’un artiste, qui peut se trouver à différents endroits (une collection privée, en vente aux enchères, ou dans une galerie par exemple). Faire appel à moi permet de minimiser les risques et de gagner du temps, mais pas seulement. Beaucoup d’artistes ont beaucoup de talent, et le rôle de l’art advisor doit être aussi de défricher quelques pépites. Il est aussi une garantie, voire un sésame, pour les galeries, lorsqu’il s’agit notamment d’artistes stars à la production rare. Pour résumer, je dois être d’une part à l’affût de nouveaux artistes, et d’autre part à l’écoute de mon client-collectionneur. 

Marianne et Otto.
Céramique de Chu-Teh-Chun et Fusain de Lenny Rébéré

Femmes d’art. Vous êtes aussi collectionneuse…

M.D. Absolument, et ce depuis toujours ! D’ailleurs, je n’aurais pas pu me lancer si je n’avais pas moi-même été initiée à l’art très tôt… 

Femmes d’art. Justement, à quand remonte votre sensibilité à l’art ?

M.D. Mes parents sont collectionneurs. À cette époque, la façon de collectionner était bien différente. On ne parlait pas de marché de l’art. La plupart des grandes foires internationales n’existaient pas ou en étaient à leurs débuts. Les samedis, nous allions “faire” les galeries, “faire” les musées. C’est une passion familiale, que je perpétue avec mes deux garçons. Je suis très fière et heureuse de cet héritage qui a posé les fondamentaux de mon rapport à l’art, qui me guide et me porte toujours aujourd’hui.

Femmes d’art. Comment définiriez-vous votre rapport aux artistes, en tant que professionnelle et aussi en tant que collectionneuse ?

M.D. Je suis très curieuse. C’est toujours un immense bonheur de découvrir puis de rencontrer un.e artiste, de pénétrer son atelier, de découvrir son univers. Parfois, le coup de coeur est instantané. D’autres fois, il n’est pas immédiat… Alors je m’attarde. Je pose des questions, essaie de comprendre. Je passe beaucoup de temps avec les artistes. Parfois, leur travail est en osmose avec leur personnalité, d’autres fois il est décalé, et dans ce cas, c’est moins évident. Mon rapport aux artistes n’est pas radical, je suis dans la bienveillance et l’écoute. Même si, indéniablement il y a les qualités objectives et intrinsèques d’une production artistique, l’humain est bien au centre de mon métier. Je ne le conçois pas comme étant juste la faculté de désigner et proposer des signatures, je constate d’ailleurs que la personnalité de l’artiste est plus que jamais déterminante pour son évolution et devient presque un critère. Et puis, il y a mes goûts personnels. Consciemment ou non, je vais avoir tendance à défendre des artistes que j’aime. Je serai plus convaincante. Au fil du temps, les artistes deviennent des amis, ils viennent à la maison, j’improvise des dîners chaque mois avec une vingtaine d’entre eux. Là, il n’y a plus vraiment d’enjeux, seule l’amitié est là. 

Aquarelle de Léo Dorfner et Vase d’Alberto Cont
Céramique Agathe Abrahami-Ferron et Photographie de Marianne Maric de Mireille Blanc dans son atelier.
Dessin « Etendu » de Françoise Pietrovitch, petite huile de Mathieu Dorval, Bronze de Dietrich Mohr, Collection privée.

Femmes d’art. Avez-vous un style, ou des styles, qui vous touchent particulièrement ?

M.D. Cela risque de paraître paradoxal pour un Art Advisor mais j’aime « l’arte povera ». Pour sa simplicité, la mise en valeur du lien indéfectible de l’homme avec la nature, également du temps qui passe et qui prime sur l’homme. J’aime bien l’idée de l’utilisation de matériaux éphémères et de l’importance du geste créateur plus que de l’objet fini, qui éloignent généralement ces œuvres du marché de l’art classique en échappant aux collectionneurs. Tout comme le « Land Art », qui permet à l’art de sortir des endroits où il y est habituellement exposé, pour se confronter à l’immensité́ de la nature. Ce qui le rend là encore éphémère. Je pense aux installations de Christo et Jeanne Claude dont il faudra absolument voir l’exposition actuelle au Centre Pompidou dès que cela sera possible.

Femmes d’art. Pouvez-vous nous parler de plusieurs œuvres qui sont chez vous et qui vous sont chères ?

M.D. Toutes ont une histoire. Mais je peux parler de trois oeuvres très différentes les unes des autres.

La première, c’est une sculpture de Georgia Russell : “Pink day-patel”. Cette œuvre est une sculpture très particulière. Il s’agit d’un papier que Geogia a découpé très minutieusement, avec une précision quasi chirurgicale, au scalpel qui a fait office de crayon. Elle l’a ensuite suspendu avec des petits fils de nylon transparents en lui donnant une forme ondulée permettant ainsi un aspect en 3 dimensions, avant de le fixer dans une boîte en plexiglas. Georgia m’a expliqué qu’elle a intitulé l’œuvre « pink day-patel » en hommage à la sculpture de Louise Bourgeois « Pink Days Blue Days », qui considérait que la couleur rose représente le bonheur et la féminité, alors que la couleur bleue suggère la mélancolie. D’ailleurs, lorsque je suis triste je vais voir cette œuvre, et effectivement je vais beaucoup mieux. Je pense que Louise Bourgeois avait raison.

Georgia Russell

La deuxième est une peinture de Nathanaëlle Herbelin : “Arad”. Nathanaëlle a réalisé cette peinture alors qu’elle était en résidence artistique dans la ville d’Arad qui se situe dans le désert de Néguev en Israël en bordure de Neven et Judean. Elle passait la plupart de son temps à l’intérieur de sa maison dont le sol était en carreaux de terrazzo et elle avait remarqué que la nature était très présente et pénétrait la maison. Elle a donc décidé de transformer l’une de ses pièces en grande nature morte, qu’elle a ensuite peinte fidèlement. Elle avait trouvé la mue de serpent dans la nature au tout début de son voyage, et elle avait récupéré les outils de nettoyage dans la cuisine de la résidence. C’est une peinture très forte dont on sent bien l’atmosphère pesante du désert, et un sentiment de régénération voire de purification.

Nathanëlle Herbelin, Arad, 2018

La troisième est une oeuvre de Lucien Murat : “Frère 1”. Lucien a créé un nouvel univers en ayant recours aux mythes et aux symboles qui vont lui servir à explorer le monde post internet et post humain qui a complètement bouleversé notre conscience et les représentations. Ce dessin à base de crayons de couleur et d’acrylique représente l’un des personnages et héros de sa « néo-mythologie ». Il se nomme Mégathésis et explore cet infra monde à la manière d’un avatar. Les personnages, les décors, les scènes et les costumes ont été imaginés par l’artiste. En fait il représente le monde numérique dans toute sa violence et sa confusion. J’ai été littéralement happée par ce dessin issu de sa fiction épique, tellement esthétique et actuel dans sa représentation extrême et apocalyptique de la fin du monde.

Frère 1, Lucien Murat

Femmes d’art. Quelles artistes femmes vous inspirent ?

M.D. Elles sont nombreuses. Si je dois en citer quelques-unes : elles ont pour point commun leur esprit affranchi et leur volonté insatiable d’explorer ce qui les excèdent : Rosemarie Castoro et Anna Eva Bergman que l’on redécouvre enfin, Shirley Jaffe pour sa peinture à l’apparente simplicité mais résolument moderne rythmée par des couleurs vives et des formes géométriques structurées, Kiki Smith mise à l’honneur lors d’une merveilleuse exposition à la Monnaie de Paris l’hiver dernier sous le commissariat de Camille Morineau, Rebecca Horn pour ses réalisations performatives fascinantes, Marlène Dumas pour une représentation si crue des tabous de notre société liés à sexualité, l’identité féminine ou encore à l’Apartheid étant originaire d’Afrique du Sud, Françoise Petrovitch grande artiste intemporelle et inter-générationnelle pour ses œuvres à l’ambiguïté et la singularité envoûtantes reconnaissables au premier regard, Prune Nourry pour sa capacité à créer des projets d’une ambition spectaculaire sur les sujets scientifiques les plus ardus comme l’anthropologie, la manipulation génétiques ou plus récemment la maladie au travers de sculptures, installations, performances, photographies et vidéos, et toujours dans une esthétique à couper le souffle.

Femmes d’art. Un dernier mot ? 


M.D. Les femmes artistes que je viens d’évoquer sont des plasticiennes établies et reconnues, mais il faut aussi penser aussi aux plus jeunes et les soutenir. C’est notamment la raison pour laquelle j’ai créé un blog sur lesquels je poste des petites brèves relatant des portraits, des interviews et des rencontres…. J’ai une conviction : l’art du XXIème sera résolument féminin.

Pour suivre Marianne, ça se passe sur son compte Instagram, et sur son site internet.

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