Une petite histoire de Nadia Khodossiévitch-Léger

Connue comme « femme de » mais largement méconnue pour son œuvre d’artiste peintre, Nadia Léger intrigue comme elle attire. Du suprématisme au réalisme socialiste en passant par le cubisme, son style et ses inspirations évoluent au fil de ses rencontres et des grands courants du 20ème siècle. Retour sur le parcours éclectique d’une femme d’art et de talent.

Des débuts placés sous le signe de l’avant-garde artistique

D’origine biélorusse, Nadia Khodossiévitch nait au début des années 1900. Son enfance est marquée par la Première Guerre mondiale, la disette et la révolution russe. Dès ses 15 ans, elle développe une sensibilité particulière pour la création artistique en suivant des cours de dessin aux Palais des arts de Beliov, en Russie centrale, puis en participant aux Ateliers nationaux supérieurs des beaux-arts à Smolensk. C’est d’ailleurs à cette occasion qu’elle rencontre les précurseurs ukrainiens et polonais de l’art abstrait, dont le chef de file du suprématisme Kazimir Malevitch, autant de personnes qui vont incontestablement influencer ses premières toiles, faites de formes géométriques et d’abstraction totale.

Elle se forme ensuite à l’école des beaux-arts de Varsovie, où elle côtoie l’avant-garde artistique polonaise, avant de jeter l’ancre à Paris en 1925 et de s’inscrire à l’Académie de l’art moderne de Fernand Léger et Amédée Ozenfant. A cette époque et au gré de rencontres avec Vassily Kandinsky, Piet Mondrian ou encore Jean Arp, Nadia s’inspire du cubisme, s’intéresse ensuite au purisme puis devient finalement adepte du biomorphisme. Il va sans dire qu’elle est alors une artiste entièrement associée aux avant-gardes de l’entre-deux-guerres qui dynamisent l’art moderne. Elle s’affirme d’autant plus sur la scène artistique en créant la revue L’Art contemporain en 1930 aux côtés du poète Jan Brzękowski.

Une peintre engagée et militante

La fin des années 1920 correspond aux prémices de sa relation avec Fernand Léger, dont elle devient l’assistante, la muse, puis l’enseignante et même la directrice de son atelier en 1933. Parallèlement, l’approche artistique de Nadia évolue et laisse alors place à des tableaux imprégnés d’une grande rigueur et animés de couleurs lumineuses, dans lesquels on peut aisément deviner ses influences. Parmi les nombreuses natures mortes qu’elle laisse derrière elle, on distingue les formes structurées, les contrastes et les aplats de couleurs emblématiques et manifestes de Fernand Léger. Fervente défenseuse du communisme, c’est également dans les années 1930 qu’elle réalise ses premières œuvres engagées, qui revêtent ainsi une dimension politique et populaire. Aspirant à promouvoir le communisme à travers l’art, elle emprunte à Fernand Léger son aptitude à reproduire le réel mais parvient à s’affranchir de son empreinte en appliquant les dogmes artistiques du réalisme socialiste. 

Artiste prolifique aux influences revendiquées mais pas que, Nadia Khodossiévitch apparait comme inébranlable pendant la Seconde Guerre mondiale lorsqu’elle s’engage dans la Résistance. L’art devient alors un moyen supplémentaire pour contester l’Occupation, en combattant les nazis à coup de peintures rayonnantes. A la Libération, elle met sa maîtrise de l’art du portrait au service du Parti Communiste Français et signe des peintures monumentales de dirigeants soviétiques et de résistants assassinés. Au milieu du XXe siècle et alors qu’elle devient la femme de Fernand Léger, le travail de Nadia Khodossiévitch change significativement d’orientation. L’influence du réalisme socialiste impacte résolument ses œuvres, dévoilant des peintures de grands formats et d’une modernité puissante. Mais, comme si la notoriété de son mari était un véritable obstacle à sa gloire artistique, elle prend le nom de « Nadia Petrova » lors d’une exposition personnelle dans la galerie Bernheim-Jeune à Paris en 1951.

Entre dévouement et détermination…

A la disparition de Fernand Léger, elle voue le reste de sa vie à conserver, promouvoir et valoriser les œuvres de son défunt mari, notamment par la fondation du musée Fernand-Léger en 1960 et la réhabilitation de sa maison natale en Ferme-Musée Fernand Léger. Pour autant, elle ne se détourne pas de sa propre production artistique et, outre la conception de nombreux portraits en mosaïque, elle ressuscite certaines de ses œuvres des années 20 pour les revisiter en tableaux néo-suprématistes. 

A l’image de Frida Kahlo, Camille Claudel, Sonia Delaunay ou encore Dora Maar, Nadia Léger est longtemps restée dans l’ombre de son mari. Néanmoins depuis quelques années, cette artiste fascinante aux innombrables univers interpelle, captive et séduit le monde de l’art. Plusieurs expositions et un ouvrage monumental lui ont notamment été consacrés en 2019, l’occasion d’en apprendre davantage sur son monde artistique, mouvant et authentique. Et finalement, ce que l’on retient de Nadia Léger, c’est sa formidable singularité et son étonnante capacité à expérimenter et à se réinventer, tout en restant fidèle à ce en quoi elle croit : une véritable artiste à part entière, guidée par sa liberté de création.

Faute de pouvoir les admirer « en vrai », découvrez les œuvres emblématiques de Nadia Léger sur le site du musée de l’Annonciade à l’occasion de leur exposition « Les couleurs de Nadia »

Ludivine Losfelt

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