10 lieux où voir de l’art contemporain africain (et des artistes femmes) à Paris et ailleurs !

Malgré la période actuelle, l’art contemporain africain a le vent en poupe. En attestent les beaux succès remportés lors de récentes ventes aux enchères ou encore l’émergence de projets dédiés à accroître sa visibilité auprès du public. Peut-on en dire autant de la place consacrée aux artistes femmes africaines ? Nous avons sélectionné 10 lieux où voir de l’art contemporain africain (et le travail d’artistes femmes africaines) à Paris et ailleurs.

(Attention, les dates mentionnées ci-dessous peuvent être amenées à évoluer en fonction de la situation sanitaire, et ne sont données qu’à titre indicatif)

1. Le plus cosmopolite : 19 galeries internationales dédiées à l’art contemporain africain découvertes à l’occasion de la foire d’art digitale Christie’s Paris/1-54

En janvier dernier, s’est tenue une collaboration de belle ampleur entre la maison de ventes aux enchères Christie’s à Paris et la foire 1-54 dédiée à l’art contemporain africain. Touria El Glaoui, fondatrice de la foire, s’est associée à Christie’s pour accueillir le public en présentiel et à Artsy sur internet. A cette occasion, 19 galeries internationales étaient présentes et exposaient les œuvres d’artistes femmes, toujours visibles dans leurs espaces ou sur internet. 

Nonzuzo Gxekwa, Life is Beautiful – 2014 © Nonzuzo Gxekwa Courtesy of THK Gallery. Nonzuzo-Gxekwa, Life in Monochrome (2019). Courtesy of THK Gallery

Parmi elles, la galerie Magnin A mettait en lumière l’artiste angolaise Anna Silva, qui travaille désormais à Lisbonne et dont les œuvres détournent des matériaux de son environnement (tissus africains, dentelle, sacs de rangement). L’artiste opère ainsi un travail de mémoire sur ses origines et sa culture métissée tout en questionnant notamment les difficultés d’accès à l’eau en Angola et la féminité à travers les relations mère-fille. 

Côté photographies, la galerie THK (Afrique du Sud) présentait les séries de portraits de la photographe sud-africaine Nonzuzo Gxekwa, qui traitent de l’intime et de la condition humaine. Chez Loft Art Gallery (Casablanca), ce sont les photos brodées et colorées de l’artiste ivoirienne Joana Choumali qui étaient à l’honneur. 

Pourtant dédiées à l’art contemporain africain, peu d’artistes femmes sont représentées par ces galeries et donc exposées. A l’exception cependant de la galerie 127, située à Montreuil, qui a inversé les quotas en montrant les photographies d’une majorité d’artistes femmes : Carolle Benitah, Fatima Mazmouz, Sara Imloul ou Mouna Saboni.

2. Le plus émergent : la galerie Afikaris, pour découvrir l’artiste Lafurie 

En 2018, Florian Azzopardi, diplômé de Centrale, a fondé la galerie Afikaris d’abord en ligne puis, en janvier 2021, rue Quincampoix dans un espace de 130m2 à la verrière imposante. Présente lors de nombreuses foires internationales, la jeune galerie souhaite accroître sa visibilité auprès du public. Elle a pour ambition de créer un nouvel espace chaque année avec un fonctionnement similaire à celui d’un label. Dédiée à l’art africain émergent, la galerie représente une vingtaine d’artistes (en majorité des hommes) dont Prisca Munkeni Monnier [Lafurie]. Cette dernière envisage, au travers de ses photographies, de graver dans l’histoire les récits de vie de ses sujets, s’inscrivant à contrario d’une culture africaine où la transmission est principalement orale. Née à Bruxelles mais originaire du Zaïre, devenue par la suite congolaise avant de s’installer à Johannesburg puis Paris, l’artiste s’interroge sur le temps et l’espace, la mémoire collective, ce qui forge son identité et la condition humaine (“why we cry, why we love, why we live”).

Lafurie, Go well child 275x50cm et Lafurie, Go well child 175x50cm © LafurieCourtesy of Galerie Afikaris

3. Le plus collectif : « On fait des dessins dans la terre » à la galerie 31 Project, avec les artistes Naomi Lulendo, Marie-Claire Messouma Manlanbien, Georgina Maxim et Charlotte Yonga (jusqu’au 20 mars)

Charles-Wesley Hourdé et Clémence Houdart ont fondé 31 PROJECT. Cette galerie, dédiée à la promotion de l’art contemporain africain présente des artistes multidisciplinaires issus du continent et des diasporas au travers de ses expositions.

Jusqu’au 20 mars, en collaboration avec la commissaire d’exposition Eva Barois De Caevel, la galerie présente “On fait des dessins dans la terre”, une exposition qui s’intéresse aux liens entre les femmes et réunit les œuvres des artistes Naomi Lulendo, Marie-Claire Messouma Manlanbien, Georgina Maxim et Charlotte Yonga.

L’exposition repose sur la relation établie entre les artistes et la commissaire d’exposition depuis plusieurs années et les similitudes des thématiques, formes, narrations personnelles ou encore des communautés de chaque artiste. Il s’agit pour Eva Barois De Caevel avant tout d’un dialogue entre ces femmes qui “ont des choses à partager auprès du public”. Parmi ces “choses”, le lien autour de l’organique, de l’enfance et de la maternité, des thèmes abordés par le biais de différents médiums (peinture, collage, photographie, performances, etc). Quant au titre de l’exposition, il fait référence à L’Opoponax de Monique Wittig, une écrivaine américaine conseillée par les étudiantes des Beaux-Arts d’Eva Barois De Caevel, un lien de plus entre toutes ces femmes.

Georgina Maxim, residency, Johannesburg – 2020 – Copyright Bag factory

4. Le plus inclusif : le colloque organisé par l’association Aware à l’école du Louvre et consacré à la visibilité des artistes femmes en Afrique (15 et 16 avril)

Dans le cadre de la Saison Africa 2020, décalé jusqu’en juillet 2021 et commissarié par N’Goné Fall, l’association AWARE, dont l’objectif est d’accroître la représentation des artistes femmes du XXe siècle, a souhaité aborder la question de la visibilité des artistes femmes en Afrique. Réunissant chercheurs, artistes et contributeurs d’horizons variés, le colloque a pour objectif de participer à la construction d’”histoires de l’art mondiales”, dépassant le prisme occidental. Pour l’association, l’art africain fait l’objet de plus en plus d’écrits et de recherches mais inclut très peu d’artistes femmes. Les 15 et 16 avril 2021, des spécialistes interviendront ainsi à l’école du Louvre pour redonner une place à la création féminine africaine au travers d’archives et de parcours artistiques variés. L’occasion de voir le travail de ces femmes mais aussi de comprendre leur rôle crucial au sein de l’Histoire de l’art mondial. AWARE propose également sur son site internet une cartographie des artistes femmes mondiales, dont 40 artistes femmes sur le territoire africain.

5. Le plus engagé : « The Power of my hands », 16 artistes femmes africaines exposées au Musée d’Art Moderne à Paris (22 janvier-03 mai)

Dans le cadre de la Saison Africa2020, le Musée d’Art Moderne (MAM) de Paris expose les œuvres de 16 artistes femmes issues de plusieurs pays africains ou de la diaspora, et accueillera le public dès la réouverture des lieux culturels. A l’initiative de The Power of My Hands”, se trouvent Suzana Sousa (commissaire indépendante basée à Luanda en Angola) et Odile Burluraux (conservatrice au MAM). Ces dernières ont souhaité aborder, au travers de cette exposition, les questions sociales qui déterminent la condition féminine à partir des histoires personnelles des artistes. 

L’exposition interroge la question de l’intime chez la femme noire au travers des thématiques du corps, de la sexualité, de la représentation de soi, de la maternité et des croyances. Cette réflexion révèle par ailleurs les non-dits qui entourent ces questions à travers les liens entre mémoire, famille, spiritualité et imagination et repose sur des supports variés (peinture, photographie, broderie, etc). En utilisant leurs mains pour créer des œuvres émancipatrices et puissantes, les artistes s’inscrivent dans le mouvement “personal is political”, et proposent ainsi une revendication collective et universelle, parfois féministe et politique.

 

Wura-Natasha Ogunji, Will I still carry water when I am a dead woman ?, 2013  Vidéo, 11 min 57 sec  © Wura-Natasha OGUNJI / Photo Ema Edosio

Cette exposition offre à découvrir un florilège d’œuvres d’artistes méconnues en France, comme Stacey Gillian Abe, Njideka Akunyili Crosby, Gabrielle Goliath, Kudzanai-Violet Hwami, Keyezua, Lebohang Kganye, Kapwani Kiwanga (lauréate 2020 du prix Marcel Duchamp), Senzeni Marasela, Grace Ndiritu, Wura-Natasha Ogunji, Reinata Sadimba, Lerato Shadi, Ana Silva, Buhlebezwe Siwani, Billie Zangewa et Portia Zvavahera.

6. Le plus précurseur : la Galerie Art-Z 

Commissaire d’exposition spécialisé en art contemporain africain, Olivier Sultan a fondé la Galerie Art-Z en 1999 et a été rejoint, en 2019, par Christian Lajoumard, cinéaste et photographe, qui participe à la programmation de la Galerie. Olivier Sultan, également critique d’art, sculpteur et photographe, observe les mutations africaines depuis plus de 20 ans. Au travers de ses expositions, il souhaite montrer une création africaine riche et diversifiée. 

La galerie expose de nombreux artistes dont les médiums de création oscillent entre sculpture, photographie, peinture, et technique mixte. Parmi eux, les peintures brutes d’Olga Yaméogo, celles de portée humaniste d’Alice Eyidi mais aussi les pyrogravures de Catherine Olivier créant un monde de transparence aux images entre réel et imaginaire, ou encore les sculptures chaussures-masques de Mary Durhol. Enfin, de nombreuses artistes photographes sont représentées, donnant à voir des photographies revendicatrices de Lucie Broderick, celles glaçantes de Géraldine Tobe sur les exorcismes subis étant enfant, ou encore celles surréalistes de Yveline Tropéa traitant par exemple de l’excision, celles aux couleurs pastels d’Olivia Bruynoghe, celles à la fumée de bougies de Diane Victor, ou bien celles comme des négatifs inversés de Dominique Wildermann

Joana Choumali, A dream we have not lost, 2020, et At least we have each other, 2020 Courtesy of Loft Art Gallery.

7. Le plus anachronique : exposition “Ex Africa” au Musée du Quai Branly – dialogue visuel entre 34 artistes contemporains et les arts anciens d’Afrique (09 février-27 juin)

Le Musée du Quai Branly présente Ex Africa, un dialogue visuel entre la scène artistique africaine contemporaine et les arts anciens d’Afrique à partir de la fin du XXème siècle. Mise en scène par l’historien et critique d’art Philippe Dagen, l’exposition nous interroge sur la place de l’art africain dans la création contemporaine au travers d’œuvres réalisées par des artistes africains (Alun Be, Myriam Mihindou, Kader Attia, Romuald Hazoumè ou Pascale Marthine Tayou) mais aussi occidentaux (Annette Messager, ORLAN, Jean-Michel Basquiat, Chéri Samba, Alun Be, Théo Mercier). Ne pouvant pas encore ouvrir ses portes, le Quai Branly s’est associé à la chaîne Culture Box pour diffuser le vernissage de l’exposition du 21 février 2021. La visite privée, présentée par Noémie Roussel, s’ouvre sur une œuvre majeure intitulée “Hommage aux anciens créateurs” (2000) du peintre congolais Chéri Samba, qui renvoie aux vestiges du passé artistique africain et à sa perception occidentale. Certains artistes ont d’ailleurs réalisé des commandes à l’occasion de cet événement.

Vues de l’exposition Ex Africa, avec l’oeuvre « Trophée« de Myriam Mihindou © musée du quai Branly – Jacques Chirac, photo Léo Delafontaine

C’est le cas de Myriam Mihindou, artiste plasticienne franco-gabonaise, adepte de la performance, qui utilise son corps de manière extrême (en marchant sur du verre, en manipulant de la glace, ou avec des aiguilles sur la peau). Cela permet à l’artiste d’offrir un exutoire des maux et violences de l’humanité. Pour Ex Africa, elle a conçu Trophée (2020),  une sculpture fondée sur le motif de la fleur de lys, symbole chargé d’histoire : 

Je me suis rendue compte qu’il y a une entière tradition d’esclavage où revenait la fleur de lys. Dans cette exposition, c’est comme si je tendais un miroir pour réviser et comprendre les filiations, reprendre l’histoire à la source, afin de réfléchir ensemble à la question de la restitution.” Myriam Mihindou au micro de Marie Sorbier sur France Inter. 

8. Le plus porté sur l’imaginaire : Manifesta et AKAA s’unissent au service de l’émancipation de l’art africain contemporain à Lyon (30 avril-26juin)

En partenariat avec Manifesta, la foire AKAA – Also Known As Africa, présente “Imaginaires Emancipés” sous la direction d’Armelle Dakouo. Une exposition qui aura lieu du 30 avril au 26 juin, et qui veut mettre en perspective les enjeux de l’Afrique contemporaine et son émancipation des mécanismes de domination antérieurs. De Paris à Johannesburg, en passant par Lyon, Bruxelles, Accra ou Casablanca, des galeries dédiées à l’art contemporain africain se font l’écho de la thématique consacrée à l’imaginaire et à ses vertus émancipatrices. 

Le travail de plusieurs artistes femmes sera présenté, parmi lesquelles Zanele Muholi, photographe et “activiste visuelle” sud-africaine représentée par la Galerie Carole Kvasnevski (Paris). L’artiste est particulièrement engagée envers la communauté LGBTI en Afrique du Sud. Elle envisage la photographie comme un moyen de lutter contre les inégalités, discriminations et violences subies par les femmes noires lesbiennes. La série “Faces and Phases” de 2006 avait d’ailleurs rendu hommage à ces femmes au travers des portraits de 300 d’entre elles, rencontrées par l’artiste dans tout le pays. 

Imaginaires Emancipés est également l’occasion de découvrir, parmi d’autres, les œuvres de Johanna Mirabel (Galerie Véronique Rieffel, Abidjan) entre abstraction, réalisme et expressionnisme ou celles de Kresiah Mukwazhi (Village Unhu, Harare) drapant des femmes de sous-vêtements aux allures métaphoriques de toiles d’araignées ou de cocons. Ces textures enveloppantes renvoient au rapport de la femme à son propre corps au sein de la société, entre piège, construction de son identité et objectivation. 

9. Le plus à contre courant : « Memoria – récits d’une autre Histoire » à la FRAC Nouvelle Aquitaine (5 février-21 août)

L’exposition Memoria – récits d’une autre Histoire, sous le commissariat de Nadine Hounkpatin et Céline Seror, veut renouveler notre mémoire collective. L’exposition appelle le public à remettre en cause ses connaissances et sa vision de certains sujets en s’ouvrant à des récits variés. 14 artistes femmes interrogent ainsi, au travers d’œuvres personnelles et intimes, les récits historiques dominants, créant un contre-récit porté par le pluralisme des histoires communes individuelles. Les œuvres présentées sont issues de techniques variées (peintures, textiles, vidéos, etc) et cherchent à démystifier les croyances préétablies pour tenter d’éradiquer les inégalités, stéréotypes et autres discriminations qui en résultent. Enfin, la FRAC Nouvelle-Aquitaine MECA (Fonds régional d’art contemporain) a pour ambition de présenter des artistes femmes africaines peu exposées en France, comme Georgina Maxim, Na Chainkua Reindorf, Enam Gbewonyo, Tuli Mekondjo ou encore Josèfa Ntjam, mais aussi des artistes reconnus sur la scène internationale contemporaine, comme Otobong Nkanga, Bouchra Khalili, Mary Sibande, Wangechi Mutu

10. Le plus Last but not Least : Au-delà des Apparences à la FRAC Occitanie-Toulouse (16 décembre-30 mai)

“Au-delà des apparences – il était une fois, il sera une fois” renvoie aux mots du cinéaste sénégalais Djibril Diop Mambéty, prononcés dans « La Grammaire de ma Grand’mère », une émission présentée par le réalisateur camerounais Jean-Pierre Bekolo. Selon lui, les choses existent ”au-delà des apparences” et il est ainsi important de dépasser les stéréotypes et les idées préconçues pour transformer le monde. Les récits sont au service de cette transformation et doivent repenser l’oralité d’antan pour se tourner vers une “oralité augmentée” grâce aux technologies. Les histoires qui commencent par ”il était une fois” ne devraient-elles pas désormais se raconter dans un futur imaginaire où ”il sera une fois” ? 

L’exposition présente, sous le commissariat de Missla Libsekal et Annabelle Ténèze, les œuvres d’artistes africaines. Parmi elles, des artistes peu connues en France et à découvrir : Meriem Bennani, Amira Hanafi, Nicène Kossentini, Betelhem Makonnen, Bhavisha Panchia, Fatimah Tuggar et Emma Wolukau-Wanambwa. Ces dernières s’interrogent sur l’impact des nouvelles technologies et des nouveaux modes d’échange sur la transmission dans les sociétés contemporaines de part le monde. 

Caroline d’Errico

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