Episode #5 – Camille Morineau – Fondatrice de AWARE

À L’ÉPOQUE, LORSQUE J’AI IMAGINÉ L’EXPOSITION ELLES@CENTREPOMPIDOU, J’AI ÉTÉ TRÈS CRITIQUÉE. D’ABORD EN INTERNE, PAR DES COLLÈGUES QUI TROUVAIENT L’IDÉE COMPLÈTEMENT DINGUE, IDIOTE, ABRACADABRANTE, PAS INTÉRESSANTE. ET BEAUCOUP À L’EXTÉRIEUR AUSSI, EN PARTICULIER EN FRANCE, OÙ IL Y AVAIT ENCORE À L’ÉPOQUE UN CERTAIN NOMBRE DE TENDANCES FÉMINISTES QUI DISAIENT QUE C’ÉTAIT TROP TARD POUR CELA, QUE C’ÉTAIT IDIOT, QUE CELA GHÉTTOÏSAIT LES ARTISTES FEMMES.

Camille Morineau, fondatrice de AWARE.

Jusqu’en novembre dernier, Camille Morineau était directrice des expositions et des collections de la Monnaie de Paris. Elle a aussi été conservatrice des collections contemporaines du Centre Pompidou pendant dix ans, ce qui lui a permis d’imaginer ELLES@CentrePompidou, la première exposition avec 100% d’artistes femmes. Aujourd’hui, elle se consacre à AWARE, l’association qu’elle a fondé en 2014, et qui travaille à rendre plus visibles les oeuvres des artistes femmes du 20e siècle. 

Femmes d’art. Lorsque vous arrivez au Centre Pompidou, vous vous apercevez qu’il n’y a que peu de femmes artistes dans les collections… 

Camille Morineau. En réalité, ça s’est passé à l’envers. J’ai d’abord proposé le projet ELLES au directeur. L’idée était de faire une expo pour montrer les femmes de notre collection permanente. Ce projet a été miraculeusement accepté, et c’est à ce moment-là que nous avons commencé à faire des statistiques. Un peu dans la panique d’ailleurs, quelques temps avant l’ouverture de l’exposition. Nous n’avions pas de chiffres. Et effectivement, c’était catastrophique. 

Femmes d’art. À l’époque, vouloir montrer 100% d’artistes femmes, ce n’était pas très commun. Comment votre idée a-t-elle été accueillie ? 

Camille Morineau. Oui, d’autant que ce n’était pas une exposition à proprement parler, nous souhaitions montrer les collections. J’ai donc trouvé cela étonnant que le directeur accepte. En même temps, une exposition dure trois mois, on organise des visites presse, on envoie des communiqués… Une exposition est toujours plus visible qu’un réaccrochage des collections. Peu de journalistes s’y intéressent d’habitude. Je pense en fait qu’en ayant accepté, le directeur s’est dit qu’il ne prenait pas un grand risque. Si jamais l’événement était raté, il n’y aurait pas eu beaucoup de visibilité. Mais au fond, c’était un énorme risque, car il s’agissait de consacrer un accrochage à une population que nous ne connaissions pas, ces femmes étant pour la plupart des inconnues.

EN TOUT CAS, C’ÉTAIT BIEN MOINS ACCEPTÉ QU’AUJOURD’HUI. DEPUIS #METOO, IL Y A UNE VRAIE RECONNAISSANCE DE CETTE QUESTION DU BIAIS DU GENRE, ET DE LA NÉCESSITÉ DE FAIRE DES RECHERCHES OU DE S’INTERROGER SUR LA PRÉSENCE DU GENRE FÉMININ DANS LA CRÉATION. 

Camille Morineau, fondatrice de AWARE.

Femmes d’art. D’ailleurs, ce n’était pas non plus dans les mentalités de montrer des femmes… 

Camille Morineau. En effet. Quand j’ai imaginé ELLES@CentrePompidou, j’ai été très critiquée. D’abord en interne, par des collègues qui trouvaient l’idée complètement dingue, idiote, abracadabrante, pas intéressante du tout. Et beaucoup à l’extérieur aussi, en particulier en France, où il y avait encore à l’époque un certain nombre de tendances féministes qui disaient que c’était trop tard, que c’était idiot, que cela ghéttoïsait les artistes femmes. En fait, c’était bien moins accepté qu’aujourd’hui. Depuis #MeToo, il y a une vraie reconnaissance de cette question du biais du genre et de la nécessité de faire des recherches ou de s’interroger sur la présence du genre féminin dans la création. Il y a dix ans, ce n’était pas évident. C’était difficile pour moi, les premiers mois et les premières semaines avant l’exposition, j’étais parfois violemment critiquée.

Femmes d’art. Pendant la préparation de l’exposition, vous vous trouvez confrontée à un problème : vous ne trouvez pas d’archive sur les femmes que vous allez accrocher. Racontez-nous. 

Camille Morineau. Nous étions une dizaine de collègues, c’était la panique totale, car nous avions très peu d’éléments sur ces femmes. Pourtant, la documentation du Centre Pompidou est très bien faite. Nous avons acheté ces oeuvres, mais nous n’avions pas d’information sur elles. À ce moment, j’ai découvert que le problème n’était pas la création des artistes femmes, mais leur reconnaissance. Elles n’ont pas été reconnues, parce qu’il n’y avait tout simplement pas d’information sur elles. Alors comment parler d’elle ? Tout cela est un cercle vicieux. Pas de texte sur elles, pas de présence. Pour un conservateur, c’était très compliqué d’organiser les oeuvres dans l’espace, sur les murs. Si on ne sait pas quoi dire sur un travail, c’est très compliqué de “faire une salle” comme on dit dans notre jargon. Ce problème technique a été résolu très vite. Mais je me suis rendue compte en la vivant de la difficulté, et c’est après coup que je me suis dit qu’il fallait imaginer un outil qui permette aux historiens d’art et conservateurs de pouvoir faire ce travail plus facilement. 

La suite est à écouter dans le player juste en haut !

Pour en savoir plus sur AWARE, rendez-vous sur le site de l’association : www.awarewomenartists.com

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