Rencontre avec Orin Zahra, conservatrice au NMWA (National Museum of Women in the arts)

Les statistiques actuelles montrent que les hommes blancs sont les artistes les plus exposés dans les musées américains, et les plus représentés en galeries. Les femmes, et en particulier de couleur, sont sous-représentées aux postes de direction des musées.

orin zahra, conservatrice au nmwa

Connaissez-vous le National Museum of Women in the Arts (NMWA) ? Ce musée, situé à Washington, entend redonner toute leur place aux femmes artistes d’hier et d’aujourd’hui. En décembre dernier se terminait “Paper Routes – Women to Watch 2020”, une exposition co-organisée par Orin Zahra, conservatrice adjointe au NMWA. L’occasion de lui poser quelques questions. Rencontre. 

Femmes d’art. Bonjour Orin Zahra. Pourquoi est-il important de consacrer un musée aux femmes artistes ?

Orin Zahra. La recherche féministe consiste à faire bouger le statu quo. Les statistiques actuelles montrent que les hommes blancs sont les artistes les plus exposés dans les musées américains, et les plus représentés en galeries. Les femmes, et en particulier de couleur, sont sous-représentées aux postes de direction des musées. Jusqu’à ce que nous ayons plus d’équité dans le monde de l’art, le NMWA sert l’objectif de défendre et de célébrer celles qui ont été et continuent d’être reléguées en marge de l’establishment artistique.

Femmes d’art. Pouvez-vous nous parler de l’exposition Paper Routes que vous avez co-organisée ?

O.Z. Paper Routes est le plus récent et le plus grand volet de la série d’expositions Women to Watch du NMWA. L’exposition présente 22 artistes contemporaines qui transforment le papier, un matériel commun, en œuvres d’art complexes. J’ai été surprise de voir la grande variété des œuvres sur papier – de minuscules à monumentales, fragiles et délicates à robustes et denses. Ces artistes du monde entier se sont attaquées aux problèmes de genre, de race, de différence culturelle et de durabilité environnementale.

Femmes d’art. Comment sélectionnez-vous les œuvres que vous présentez lors des expositions ? 

O.Z. Nous organisons les œuvres par thème, plutôt que chronologiquement ou par médium. Nous rassemblons des peintures, des sculptures, des photographies pour instaurer un dialogue entre les œuvres et dégager des fils communs à travers l’histoire. 

Par exemple, une peinture d’une femme par Lavinia Fontana (XVIe siècle) est accrochée à côté du portrait de Mickalene Thomas. J’adore la façon dont Thomas regarde les normes de l’identité et de la beauté féminine et refond le genre pour mettre en évidence les femmes afro-américaines. 

Femmes d’art. Quelles sont les grandes étapes lorsque vous travaillez sur une exposition ?  

O.Z. Différentes expositions impliquent forcément des structures et des défis différents. Si nous nous associons à une autre institution, j’adapte alors cette exposition en fonction du lieu et du public. Women to Watch a une structure propre au NMWA. Il s’agit d’une série d’expositions qui se tient tous les deux à trois ans et bénéficie d’une étroite collaboration avec nos comités de rayonnement nationaux et internationaux. Pour ces expositions, les conservateurs du NMWA choisissent le thème et travaillent avec nos comités et leurs conservateurs consultatifs pour nommer des artistes ; nous sélectionnons une artiste dans chaque comité participant. Le but est de créer un accrochage cohérent, innovant et dynamique où les œuvres sont en conversation les unes avec les autres. Quelques mois avant l’ouverture, les conservateurs, les registraires et notre concepteur d’exposition se réunissent pour définir la mise en place, les couleurs des murs et toute autre exigence spécifique à ce projet. 

Femmes d’art. Quelles sont vos œuvres préférées dans la collection du NMWA ?

O.Z. Il y a tellement de bijoux dans cette collection, qu’il m’est difficile de choisir. Bien que ma formation soit en peinture historique, je suis très attirée par notre collection de photographies et d’œuvres sur papier modernes et contemporaines. Parmi mes oeuvres favorites, il y a la gravure sur bois de Hung Liu Winter Blossom, elle est époustouflante avec ses tons lumineux et saturés, et nos récentes acquisitions de photographies de la série de Rania Matar, SHE, qui témoignent de mon amour des paysages vibrants et texturés.

Rania Matar devant l’une de ses oeuvres, She Who Tells a Story; Photo: NMWA

Femmes d’art. Comment le musée s’est-il adapté à la situation actuelle ?

O.Z. Bien avant la pandémie déjà, le NMWA a reconnu la puissance des médias sociaux pour communiquer et transmettre un message à un public plus large, comme le montre la campagne #5womenartists créée en 2016. Depuis la pandémie, le musée a encore amplifié son contenu numérique avec des visites d’ateliers d’artistes, des tables-rondes, une visite dirigée par un conservateur, un audioguide et une exposition en ligne. Le musée a par ailleurs organisé des « happy hours » pour les anniversaires d’artistes, comme pour Frida Kahlo, Alma Thomas et Georgia O’Keeffe. Notre département d’éducation organise des discussions artistiques hebdomadaires sur des œuvres de la collection et un programme de conversations avec le Baltimore Museum of Art (qui a consacré ses acquisitions en 2020 aux femmes artistes, NDLR). 

Jusqu’à ce que nous ayons plus d’équité dans le monde de l’art, le NMWA sert l’objectif de défendre et de célébrer celles qui ont été et continuent d’être reléguées en marge de l’establishment artistique.

Orin Zahra, conservatrice au nmwa

Femmes d’art. Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre travail et quel serait le projet de vos rêves ?

O.Z. Les moments les plus spéciaux ont été de faire connaissance avec les artistes, parfois même de nouer des amitiés étroites. C’était surréaliste de se promener dans les galeries avec Ursula von Rydingsvard ou avec Graciela Iturbide. J’ai étudié le modernisme du XIXe siècle, faire exprimer aux artistes leurs pensées et leurs opinions est donc une nouvelle expérience pour moi, très enrichissante.

Comme une majorité de mon travail traite des idées d’impérialisme et d’échanges culturels entre l’Europe et ses anciennes colonies, j’aimerais travailler sur un projet illustrant des œuvres historiques à côté des réponses contemporaines de femmes artistes qui s’identifient à ces communautés historiquement opprimées.

Portrait d’Orin Zahra © James C. Jackson

Propos recueillis par Laurence de Valmy

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