7 choses à savoir sur Cindy Sherman

Cindy Sherman, photographe américaine devenue icône de l’art conceptuel, fait l’objet d’une rétrospective à la Fondation Louis Vuitton jusqu’au 3 janvier 2021. Connue pour son travail sur le portrait, l’artiste se met en scène dans ses clichés et questionne les stéréotypes de la société contemporaine. Voici 7 choses à savoir sur une photographe incontournable !   

1. Ses racines de peintre

Cindy Sherman, née en 1954, vit et travaille à New York en tant que photographe. C’est pourtant la peinture qu’elle étudie au State College de Buffalo. Attirée par la rapidité d’exécution de la photographie, Sherman continue d’entretenir un lien avec la peinture dans ses séries. L’artiste s’inspire par exemple de portraits peints de la Renaissance au XIXème siècle en les détournant avec des objets du quotidien et utilise de la peinture acrylique directement sur ses tirages récents d’égo-portraits. 

2. Ses inspirations cinématographiques

« Je crois que les films sont ma plus grande source d’inspiration. Beaucoup de mes films préférés sont des films d’horreur. »*

Cindy Sherman

Dès les clichés en noir et blanc des « Untitled Film Stills », Sherman incarne des héroïnes de cinéma des années 1950 et 1960 qui font penser aux actrices de James Bond. Ces premières œuvres portent déjà un regard sur la société de son époque et les mythes créés par le cinéma autour de l’image de la femme. Avec « Rear Screen Projections », Sherman utilise dorénavant la couleur et pose devant un fond en mouvement qui rappelle le cinéma d’Hitchcock. Les trucages sont également mis en évidence dans ses clichés, questionnant ainsi le vrai du faux. 40 ans après, ce sont des actrices déchues et vieillissantes que Sherman incarnera dans les « Flappers ». 

Cindy Sherman, Untitled 74, 1980 – Courtesy of the Artist and Metro Pictures, New York © 2020 Cindy Sherman
Cindy Sherman, Untitled 582, 2016 – Courtesy of the Artist and Metro Pictures, New York © 2020 Cindy Sherman

3. Sa relation ambigüe avec la mode

Sherman entretient une relation « amour-haine » avec la mode. En incarnant des femmes-poupées mais aussi des femmes sexualisées aux airs énigmatiques, elle questionne la fabrication de l’image de la femme de son époque et détourne le glamour et les codes masculins de la beauté pour les rendre grotesques. 

Cindy Sherman laisse le spectateur libre d’interpréter ses images et ne donne que de rares pistes de lecture. Parfois, cela crée un décalage entre ce que l’image montre et ce que nous ressentons. « Centerfolds » en est l’illustration. Cette série a d’ailleurs été censurée par le magazine Artforum qui y voyait, à l’instar des critiques de l’époque, la représentation d’un viol, quand d’après la photographe, il s’agissait uniquement de l’illustration d’un lendemain de soirée bien arrosée.

Cindy Sherman, Untitled 93, 1981 – Collection Cynthia and Abe Steinberger. – Courtesy of the Artist and Metro Pictures, New York © 2020 Cindy Sherman

« Il est plus amusant pour moi de voir jusqu’où quelqu’un peut parfois pousser mes intentions et les transformer en un concept un peu audacieux qui correspond à ses propres théories. »*

CINDY SHERMAN

L’artiste collabore toutefois régulièrement avec des créateurs de mode comme Jean-Paul Gaultier, Chanel ou Comme des garçons, qui eux-mêmes tendent à brouiller les codes de représentation de la féminité. Le rapport de la photographe à la mode s’exprime aussi par le vêtement qui est un élément important de fabrication de ses images et son principal outil de déguisement depuis l’enfance.

« L’idée de se déguiser, même enfant, n’avait rien à voir avec le fait d’être une ballerine ou une mariée pour Halloween. J’étais plutôt dans le côté pervers de l’habillement, en devenant plus âgée ou un monstre ou quelqu’un d’autre. Il ne s’agissait pas seulement d’être un joli modèle. »*

CINDY SHERMAN

4. Sa quête d’identité

Sherman travaille de manière singulière car en plus d’être l’unique modèle de ses portraits, elle est à la fois la photographe, la costumière, la maquilleuse et la metteure en scène. L’artiste ne fait pas pour autant d’autoportrait car en réalité, rien dans son œuvre ne fait référence à elle ou à sa vie privée. Au travers de ses clichés, la photographe s’intéresse au changement d’identité et incarne aussi bien des personnages féminins que masculins. Tandis que « A play of selves » montre l’étendue de sa palette de personnages sa dernière série « Men » s’intéresse quasi-intégralement à la complexité de la figure masculine, en lui opposant parfois un double féminin. 

Cindy Sherman, Untitled 610, 2019 – Courtesy of the Artist and Metro Pictures, New York © 2020 Cindy Sherman

5. Son utilisation des artifices 

«  Ce qui m’intéresse, c’est le choc qui découle de l’association de l’artificialité et de ce qu’elle représente. » *

CINDY SHERMAN

Les artifices (costumes, masques, décors ou tout autre accessoire carnavalesque) font partie intégrante du travail de la photographe qui lui permettent de libérer toute sa créativité. Loin de rechercher l’esthétisme ou la beauté, qui sont déjà présents dans la nature, Sherman crée des images qui dérangent ou perturbent le spectateur. 

La perception du malaise dans ses clichés est d’ailleurs poussée à l’extrême lorsqu’elle s’éloigne du portrait. Déconstruisant notre rapport à l’image, Sherman utilise des corps de mannequins aux postures pornographiques et compose des natures mortes avec prothèses, moisissures ou autres fluides putréfiés. L’artiste laisse ainsi son imaginaire vagabonder au pays de l’horreur et du « trash ». 

« (…) La série de photographies où j’utilise les parties du corps était en partie une réponse au débat sur la censure au sein du NEA (Fond national américain pour les arts) »*

CINDY SHERMAN

6. Son succès dans les ventes aux enchères

Bien que le marché de l’art reste fortement dominé par les œuvres d’artistes masculins et que la photographie peine encore à trouver une légitimité auprès de certains collectionneurs, les clichés de Cindy Sherman restent dans le top 10 des meilleures ventes mondiales. En 2011, « Untitled 96 » a d’ailleurs été vendu à plus de 2 millions d’euros, soit le cliché le plus cher au monde à l’époque.

7. Son passage au digital

Cindy Sherman, Untitled 414, 2003- Courtesy of the Artist and Metro Pictures, New York © 2020 Cindy Sherman

Reine de l’argentique, ce n’est qu’à partir de « Clowns » en 2016 que l’artiste opère une transition vers le numérique en ajoutant des fonds saturés à l’aide d’un logiciel de retouche. 

La photographe s’intéresse aussi à la fabrication de l’image sur les réseaux sociaux.  Récemment, Instagram est devenu son nouveau terrain de jeu, mêlant contenus intimes et égo-portraits déformés par des filtres et applications. Son compte est suivi par plus de 320 000 abonnés !

« Toutes ces images Instagram ne sont qu’un jeu pour moi. Je ne pense pas que cela soit en concurrence avec mon vrai travail. Elles sont juste amusantes, comme une petite distraction. » confiait Sherman au Wmagazine en 2017. 

A noter : à l’exception de la première série nommée « Untitled Film Stills » par Sherman, les autres séries sont en principe mentionnées « sans titre » et par ordre de production. Les titres communément admis sont utilisés dans cet article pour une meilleure lisibilité.
*propos prononcés par Sherman dans le film « Nobody’s Here But Me » (1994), traduits en français. 

Caroline D’Errico

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