La petite histoire… d’Artemisia Gentileschi

Ignorée pendant des siècles, redécouverte il y a une cinquantaine d’années, l’artiste italienne Artemisia Gentileschi est mise à l’honneur à la National Gallery de Londres jusqu’au 24 janvier 2021. Un rétrospective hors du commun à l’image de la peintre. Portrait.

Artemisia Gentileschi est née à Rome en 1593. Très jeune, elle développe un talent incroyable pour les arts, grâce entre autre, au soutien de son père Orazio, lui-même peintre et peu conventionnel pour l’époque, qui l’encourage à améliorer sa technique et à se rapprocher du Caravagisme.

Sachant sa fille violentée par son précepteur privé Agostino Tassi en 1611, alors qu’elle n’a que 19 ans, le père d’Artemisia porte l’affaire devant le tribunal. Un an plus tard, la justice finira par condamner Tassi à 5 années d’exil. 

C’est justement en 1612 qu’Artemisia peint l’un de ses chefs d’oeuvres « Judith décapitant Holopherne » une toile d’une violence rare, représentant un acte d’anéantissement, une détermination sauvage de détruire l’ennemi. Cette peinture peut évidemment être interprétée comme le désir de revanche de la jeune peintre face aux violences subies, mais plus largement comme le désir des femmes les plus courageuses de cette époque de dénoncer les hommes qui empêchaient leur reconnaissance en tant qu’artistes, les vouant à rester confinées dans leurs rôles domestiques.

« Judith décapitant Holopherne », Artemisia. Gentileschi, 1612, Galerie des Offices, Florence

Les débuts du succès

C’est à son arrivée à Florence en 1621, qu’Artemisia, mariée et mère de 4 enfants connaitra le succès et sera la première femme à être admise à l’académie de dessin, une révolution pour l’époque, un privilège inestimable.

Dès lors, elle prouve qu’elle est capable de se mesurer aux artistes les plus réputés de sa génération et qu’elle peut les dépasser en peignant avec une exceptionnelle précision optique les détails des matières. Rien d’étonnant puisqu’à l’époque, les femmes étaient constamment entourées d’étoffes et de textiles, notamment lors d’ateliers de broderie ou de tapisserie, ce qui leur permettait de connaître parfaitement le tombé d’un drapé ou le mouvement d’un tissu… Artemisia Gentileschi attire donc les faveurs de personnalités influentes, qui lui permettent de réaliser des commandes dans lesquelles elle s’amuse à glisser son propre auto-portrait.

Artemisia Gentileschi, « Marie Madeleine », huile sur toile

Sa carrière se poursuivra ensuite de nouveau à Rome, puis en Angleterre ou elle continuera à peindre des portraits et des scènes religieuses, perfectionnant toujours davantage les détails qui ornent ses toiles, comme les bijoux ou les étoffes.

Ainsi, elle réussira progressivement à s’élever au dessus de sa condition sociale et à lutter contre les restrictions de liberté à l’égard des femmes. Cette célébrité la pousse à s’installer à Venise puis en Angleterre et finalement à Naples où elle s’éteint autour de 1656, surement des suites de la peste.

La place des femmes artistes à la Renaissance

Outre le talent incontestable de cette artiste, il faut comprendre et retenir que sans le soutien d’une figure masculine, son père, Artemisia Gentileschi n’aurait sans doute jamais pu se voir accorder des privilèges et mener sa carrière de peintre comme elle l’entendait. 

Il faut rappeler qu’à l’époque, pour peindre, les femmes devaient parvenir à déjouer les interdits en ayant recours à des subterfuges. Comme par exemple peindre cachée chez son maître et non dans son atelier, signer d’un nom d’emprunt (celui d’un homme) pour voir son travail exposé, et surtout faire preuve de beaucoup de courage pour braver ces nombreuses barrières. 

Cet aide précieuse a permis à Artemisia Gentileschi d’être reconnue de son vivant, lui permettant de côtoyer de grands mécènes comme les Médicis et Charles Ier d’Angleterre.

Mais, au XVIII siècle, son nom disparaît quasiment des écrits. Comme dans le cas du Caravage, l’ellipse dont est victime la peinture d’Artemisia Gentileschi dure jusqu’à la redécouverte de son œuvre, au milieu du XXe siècle, par les historiens de l’art et les artistes féministes comme Betty Tompkins qui révèle son oeuvre au grand public, en la réinterprétant, où encore Judy Chicago, qui l’intègre dans son oeuvre « The Dinner party » en 1974.

Pourtant si aujourd’hui le nom « Le Caravage »  est devenu synonyme de génie, celui d’Artemisia Gentileschi est encore loin d’être familier. En cause le sexisme des experts censés expertiser ses oeuvres. Longtemps stockées dans les entrepôts poussiéreux des musées, ces derniers les attribuaient la plupart du temps à des confrères masculins…

Betty Tompkins, « Apologia (Artemesia Gentileschi) », 2018. Acrylique sur papier, Brooklyn Museum
Détail de l’oeuvre « The Dinner Party » Judy Chicago, 1974, Brooklyn Museum. broderie au nom d’Artemisia Gentileschi.

L’exposition de la National Gallery tente, comme l’avait fait le Musée Maillol en 2012 et la Metropolitan Museum en 2001 de redonner ses lettres de noblesse à cette femme qui sans le savoir a fortement contribué à l’impulsion des artistes féminines à travers le monde.

Exposition à la National Gallery de Londres du 3 octobre 2020 au 24 janvier 2021.

Clara Copin

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