Interview croisée : Pénélope Bagieu et Thérèse St-Gelais sur “Elles font l’art”, le nouveau Mooc du Centre Pompidou

Aujourd’hui débute “Elles font l’art”, un Mooc lancé par le Centre Pompidou qui braque les projecteurs sur les femmes artistes de 1900 à nos jours. À travers des vidéos, quizz, activités… ce cours en ligne, qui se déroule sur cinq séquences du 25 janvier au 25 juin 2021, invite à découvrir les plasticiennes, peintres, photographes, vidéastes et performeuses qui contribuent ou ont contribué à faire l’histoire de l’art moderne et contemporain. Pour l’occasion, Femmes d’art a rencontré la dessinatrice Pénélope Bagieu et la professeure d’histoire de l’art Thérèse St-Gelais, qui ont toutes les deux contribué à créer ce Mooc (aux côtés de Karolina Ziebinska-Lewandowska et Catherine Lascault).

Femmes d’art. Bonjour à toutes les deux. En quelques mots, quel est l’objectif de ce Mooc ? 

Pénélope Bagieu. Bonjour ! Pour moi, c’est de faire découvrir des femmes artistes incroyables que personne ne connaît. 

Thérèse St-Gelais. Bonjour ! A mon sens, c’est avant tout d’éduquer et de montrer l’apport des femmes dans l’histoire de l’art. 

Femmes d’art. Comment avez-vous contribué au Mooc et pourquoi était-ce important pour vous ? 

P.B. C’était pour moi une façon de rendre hommage à des femmes qui m’ont guidée. J’ai eu le plaisir de dessiner de nombreuses illustrations avec le défi stimulant d’utiliser uniquement les quatre couleurs du Centre Pompidou. J’interviens aussi pour évoquer mon expérience en tant qu’artiste femme. 

T.S.G. J’apporte une contribution de nature historique en présentant des œuvres clefs. J’étais heureuse de pouvoir choisir de montrer des œuvres comme celles de Jenny Saville qui peuvent être perçues, à certains égards, comme provocantes parce qu’à mon sens, elles nous poussent à ouvrir des possibles, à penser autrement. 

©Centre Pompidou/Illustration Pénélope Bagieu

Femmes d’art. Que pensez-vous de l’idée d’instaurer la parité dans les collections des musées ? 

P.B. Le sujet de la parité est compliqué en France car il fait écho à la discrimination positive. La parité artistique, personne n’en veut mais la parité institutionnelle oui, en réalité, elle peut être une bonne étape. J’ai pu constater, dans le milieu de la BD, que la parité dans les jurys ou les collectifs fonctionne bien parce que, par leurs points de vue différents, les femmes contribuent à faire remonter, dans les sélections, des œuvres de femmes artistes. Il ne faut pas nier la particularité du féminin dans la création. Dans le Mooc, vous verrez par exemple Le Bain de Mary Cassatt. C’est la seule impressionniste qui choisit de faire des scènes d’intérieur au lieu de paysages. Personne ne représente la tendresse comme elle. 

T.S.G. Je n’aime pas en soi l’idée de quota mais il y a des moments où c’est nécessaire. Pour offrir aux femmes artistes la place qu’elles méritent dans le monde de l’art, le plus important est d’éduquer le regard pour apprendre à approcher les œuvres d’art autrement. Pourquoi, par exemple, le sujet domestique est-il toujours perçu comme mineur ? J’anime un cours sur l’apport des femmes à un art visuel et à l’histoire de l’art et je constate que l’étude sur le genre se développe dans les universités mais il y a encore du travail à faire. Les étudiants sont moteurs, ils veulent que les femmes soient présentes dans tous les cours pour viser une véritable égalité. 

Femmes d’art. Depuis les années 1960, les artistes femmes sont nombreuses à représenter le corps dans leurs créations pour obtenir la reconnaissance de leur identité. Est-ce encore aujourd’hui une thématique majeure pour elles ? 

P.B. Le corps reste une question politique et un enjeu fort au cœur de toutes les problématiques féminines. Pour les femmes, le fait de se réapproprier son corps, en soi, c’est déjà quelque chose. Quand j’étais jury pour l’entrée à l’école des Arts Déco, j’ai été frappée de voir à quel point de nombreuses très jeunes filles se lançaient spontanément dans l’étude de leur corps. D’ailleurs très tôt, dès 10 ans et demi, quand vous êtes une femme, la société vous rappelle que vous habitez un corps.  

©Centre Pompidou/Illustration Pénélope Bagieu

T.S.G. Chez les artistes femmes, il y a souvent une très grande convocation du corps. Au cours des années 1980-1990, le corps reste très présent mais représenté de manière moins littérale, ce sont des présences qui sont manifestées à travers l’expression des sens. De manière générale, je crois sincèrement que les artistes femmes ont considérablement apporté au monde de l’art avec la performance.  

Femmes d’art. Quelles sont les artistes femmes qui vous inspirent le plus ? 

P.B. Ma nourriture visuelle depuis toujours, celle que j’ai recopiée à l’infini, c’est Mary Blair, la dessinatrice de Disney, si talentueuse et si injustement méconnue. Et puis, les femmes photographes, en particulier Sophie Calle. Son exposition M’as-tu vue au Centre Pompidou a provoqué chez moi un déclic marquant dans mon parcours. 

T.S.G. Je suis une grande admiratrice de Louise Bourgeois. Et j’aime particulièrement Ghada Amer dont j’ai fait le commissariat d’exposition en 2012 au Musée d’Art Contemporain de Montréal qui utilise, dans son travail, des œuvres de l’histoire occidentale de l’art peintes pour un public masculin hétérosexuel et voyeur. Je pourrais aussi citer des artistes comme Judith Chicago, Orlan, Joan Mitchell, Claude Cahun ou encore Eva Hesse qui occupent un rôle crucial. 

Et si vous souhaitez vous inscrire, il est encore temps ! En suivant ce lien.

Propos recueillis par Amélie Villedieu

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