#Interview : Camille Desprez, directrice de la communication de la galerie Daniel Templon

Camille Desprez est directrice de la communication de la Galerie Templon à Paris. De New York à Paris, son parcours est celui d’une femme passionnée, tant par les artistes contemporains qu’elle promeut que par son regard sur les galeries françaises et internationales. Rencontre. 

Pour avoir vécu le mouvement des deux côtés de l’atlantique, j’ai noté que cette émancipation repose aux États-uNIS LARGEMENT SUR UNE CERTAINE SOLIDARITÉ ENTRE LES FEMMES, QUI TENTENT DE SE PROTÉGER ET DE SE DÉFENDRE LES UNES LES AUTRES. EN FRANCE, ON OBSERVE ENCORE UNE CERTAINE RÉSISTANCE DE LA PART DES FEMMES ELLES-MÊMES. OR, JE NE VOIS PAS COMMENT ON POURRA ABOUTIR À QUELQUE ÉGALITÉ QUE CE SOIT SANS CETTE BASE ESSENTIELLE.

CAMILLE DESPREZ

Femmes d’art. Bonjour Camille, pour ceux qui ne vous connaissent pas, qui êtes-vous ?  

Camille Desprez. Bonjour. J’occupe actuellement le poste de directrice de la communication de la Galerie Templon à Paris, qui existe depuis plus de cinquante ans. Je suis revenue en France il y a un an, après un séjour de près de dix ans à New York, au cours duquel j’ai travaillé dans le milieu de la communication culturelle. J’ai notamment eu la chance de découvrir tous types d’organismes culturels, du Musée d’Art et Design à la Pace Gallery, en passant par l’agence de communication Fitz & Co, l’organisation à but non-lucratif Public Art Fund, et enfin, les services culturels de l’Ambassade de France. 

Femmes d’art. Votre expérience aux Etats-Unis a-t-elle été cruciale pour votre carrière ? 

C.D. Oui elle l’a été. En stage, j’ai travaillé dans les départements de la communication de plusieurs institutions, du Musée d’Art et Design (MAD) à Pace Gallery, avant de me lancer dans l’aventure, intense mais formatrice, des agences de communication culturelle. J’y ai travaillé trois ans, avec des références du milieu dont la foire Art Basel. Dans le cadre de mon mémoire de fin d’études sur le processus de légitimation des artistes contemporains sur la scène artistique locale, j’ai eu par exemple l’opportunité d’interviewer David McFadden, un des commissaires du MAD, et Richard D. Marshall, un des commissaires du Whitney Museum. 

Femmes d’art. Qu’est-ce que ces rencontres vous ont appris ? 

C.D. Être au cœur de ces institutions m’a vraiment ouvert les yeux sur un écosystème culturel différent du nôtre. Depuis presque toujours, les institutions culturelles américaines, loin de pouvoir bénéficier d’une aide étatique comme en France, ont appris à compter davantage sur leurs propres fonds que sur les fonds publics. Presqu’à la manière de « microentreprises ». S’est alors amorcée aux États-Unis une philosophie de « désacralisation » des institutions culturelles, avec une politique relativement agressive de captation de nouveaux publics, et une fidélisation d’un cercle de mécènes, qu’il soit privé ou d’entreprises, pour soutenir le programme d’expositions et d’expansion de la collection permanente des musées. 

Femmes d’art. Quel regard portez-vous sur la place des femmes dans le monde de l’art ? 

C.D. Mon expérience dans la communication artistique m’a permis d’évoluer dans un environnement spécifique qu’on appelle aux États-Unis les « pink collars” (les « cols roses »). C’est un milieu composé principalement de femmes et dans lequel elles occupent des postes relativement haut placés. J’ai donc été formée par des femmes ambitieuses, indépendantes, mais qui, pour pouvoir se maintenir à la place où elles ont réussi à s’imposer, ont dû se dédier entièrement à leur carrière. Mais le milieu de l’art, qui repose notamment sur le dévouement de passionnés, est marqué par une concurrence féroce et de nombreux roulements au sein des équipes.  

Pour avoir vécu le mouvement des deux côtés de l’Atlantique, j’ai noté cependant que cette émancipation repose aux États-Unis largement sur une certaine solidarité entre les femmes, qui tentent de se protéger et de se défendre les unes les autres. En France, on observe encore une certaine résistance de la part des femmes elles-mêmes. Or je ne vois pas comment on pourra aboutir à quelque égalité que ce soit sans cette base essentielle. Aujourd’hui, il faut compter sur l’arrivée des nouvelles générations sur le marché et la scène artistique. Porteuses de ces idées d’émancipations, ce sont elles qui amèneront, je pense, de manière plus systémique, une plus grande égalité entre les sexes. 

Femmes d’art. Quelles femmes artistes vous inspirent ?  

C.D. J’ai la chance de travailler depuis près d’un an et demi avec une artiste en plein essor, Prune Nourry, qui m’inspire beaucoup, tant par son œuvre que sa personnalité. La proximité, dans mon entourage, avec une personne jeune touchée par la maladie, fait que je me sens particulièrement proche de l’histoire de Prune. Elle a choisi d’utiliser l’art pour parler de sa maladie au lieu de tenter de l’oublier. Ses oeuvres questionnent la finitude de l’être humain, sur sa fertilité, sa féminité, qu’une jeune femme de 30 ans ne devrait pas se poser. Cela me bouleverse beaucoup. J’aime aussi la manière dont elle fait entendre sa voix dans le monde artistique. C’est une femme pleine d’énergie qui vit également à New York depuis une dizaine d’années, et qui sait ce qu’elle veut. Elle ne se restreint pas à une vision fermée des arts visuels et est ouverte à toutes sortes de projets transversaux, aussi bien dans le cinéma, que dans la musique notamment. 

Propos recueillis par Isabelle Capalbo

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