5 questions à Lucie Tréguier, Présidente et co-fondatrice du Barreau des Arts

Plateforme mettant en relation des artistes, des étudiants en droit et des avocats, le Barreau des Arts (BDA) fournit des conseils juridiques pro bono aux artistes les plus précaires. Entretien avec Lucie Treguier, Présidente et co-fondatrice du BDA.  

Femmes d’art. Bonjour Lucie, pour ceux qui ne vous connaissent pas, quel est votre parcours ?

Lucie Tréguier. Bonjour ! Je m’appelle Lucie Tréguier, je suis avocate spécialisée  en propriété intellectuelle. En 2018, j’ai cofondé le Barreau des Arts. Je pense que beaucoup de juristes ou avocats en propriété intellectuelle ont une fibre artistique. De mon côté, j’ai été au conservatoire pendant 10 ans, j’ai fait de la chorale, du piano et j’ai toujours eu un fort intérêt pour le dessin. Dans le cadre de mes études, j’ai choisi une double formation en droit à Assas et en histoire de l’art à la Sorbonne. C’était un bon équilibre pour moi ! Au départ, je voulais être commissaire-priseur mais j’ai préféré devenir avocate car j’aimais particulièrement le raisonnement juridique. En tout cas, la spécialisation en propriété intellectuelle me semblait être un bon compromis entre le droit et l’histoire de l’art.

Femmes d’art. Qu’est-ce qui vous a motivé à créer le Barreau des Arts ?

L.T. Je suis partie en Australie après le CRFPA (communément appelé le « Barreau »). J’ai travaillé en tant que bénévole pour l’association « Arts Law » à Sydney, qui fournit depuis près de 40 ans des conseils pro bono aux artistes. Cette association a inspiré le projet du Barreau des Arts ! Je ne comprenais pas pourquoi une telle association n’existait pas en France et j’ai donc eu envie de la créer en l’adaptant au marché français. Après avoir obtenu une bourse récompensant les projets culturels innovants, je me suis lancée ! Au départ, j’avais peur de parler de mon idée ou de demander de l’aide. Pourtant, c’est justement en rencontrant des interlocuteurs variés, avocats ou acteurs du monde de l’art, que des portes se sont ouvertes. C’est aussi en partageant cette idée avec Corentin (Schimel, co-fondateur et Vice-Président du BDA) que le projet du BDA a pu se concrétiser.

La question du pro bono n’est pas perçue de la même manière en France et à l’étranger. Les pays anglo-saxons sont plus avancés que nous car le pro bono fait véritablement partie de leur culture. Pourtant, une telle différence n’a pas de sens pour moi et le pro bono devrait être davantage valorisé en France.

Lucie Tréguier, cofondatrice du barreau des arts

Femmes d’art. Quels sont les défis que vous avez relevés ?

L.T. En dehors des difficultés liées à l’aspect entrepreneurial du projet, ma crainte initiale était que les avocats ne souhaitent pas y participer. J’ai au contraire été impressionnée par l’engouement que ce projet a suscité auprès des avocats et des étudiants. La question du pro bono n’est pas perçue de la même manière en France et à l’étranger. Les pays anglo-saxons sont plus avancés que nous car le pro bono fait véritablement partie de leur culture. Pourtant, une telle différence n’a pas de sens pour moi et le pro bono devrait être davantage valorisé en France. Je suis ravie que la nouvelle génération d’avocats souhaite s’investir dans ce type de projets bénévoles et que les initiatives pro bono chez les avocats soient soutenues par la branche Solidarité du Barreau de Paris.

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Le bureau de l’association Le Barreau des Arts : de gauche à droite, Lucie Tréguier, Corentin Schimel, Hugo Hayoun, Camille Sauer. © Olivier Montay

Femmes d’art. Comment fonctionne le Barreau des Arts ?

L.T. Le Barreau des Arts soutient les artistes précaires. Nous avons décidé avec le Barreau de Paris Solidarité d’utiliser le critère de l’aide juridictionnelle mais, ni le BDA, ni les avocats ne la perçoivent. Notre projet est réalisé de manière bénévole et donc gratuite. Pour solliciter l’aide du BDA, les artistes remplissent un questionnaire en ligne. Les étudiants bénévoles s’entretiennent avec les artistes et effectuent des recherches juridiques. Le dossier est ensuite envoyé, via le Barreau de Paris Solidarité, à un avocat qui prend en main la consultation dans le respect de l’anonymat. Nous avons d’ailleurs mis en place un partenariat avec le Barreau de Paris Solidarité pour garantir le respect des règles déontologiques de la profession d’avocat. 

Femmes d’art. Quelle relation entretenez-vous avec les artistes ?

L.T. Grâce au BDA, nous pouvons prendre connaissance du travail des artistes que nous soutenons. C’est incroyable de voir leurs créations. Je me dis souvent qu’avec une meilleure connaissance de leurs droits, les artistes pourraient simplement mieux vivre de leur passion et continuer à nous faire rêver. Après tout, le droit d’auteur a été créé pour eux ! Il était également important pour nous que l’association soit composée de profils variés qui ont une compréhension à la fois du monde du droit et du monde de l’art. Echanger avec Camille Sauer, Secrétaire du BDA mais aussi artiste diplômée des Beaux Arts de Paris, permet par exemple de mettre en perspective les sujets abordés et de mieux communiquer avec les artistes, ce qui est vraiment essentiel.

Retrouvez toute l’actualité du Barreau des Arts sur son site internet

Caroline d’Errico

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